Août 2002

Un grand air d’opéra : l’Ouverture de la boite de filets de thon à l’huile. Qui commence Do-Ré et se finit sur le Sol.


Et voilà que j’allais vous parler de la boite de sardines. Sardines à l’huile, serrées à 6 comme dans des boites éponymes autant que rectangulaires à coins ronds, munies sur leur face supérieure d’une languette. La fameuse languette, anneau d’espoir rivé sur le couvercle. Anneau de magie, libérateur des poissonidés. Anneau de force -à qui l’on applique une force-, et là tout commence.


Mais reprenons notre boite de filets de thon à l’huile d’olives, ou vierge –ha la sexualité des huiles, vaste programme- ça éclabousse mieux. Ayant réussi à acquérir l’objet, dans un supermarché, qui fera l’objet d’une prochaine chronique, comment accéder à la chaire des bonites baignant dans leur huile ?
Selon une tradition populaire, non écrite en six langues sur le réceptacle, il faut étreindre la languette entre un pouce, subrepticement glissé dessous, et l’index correspondant. Le principe veut ensuite que l’on relève brutalement –mais pas trop- l’anneau mystérieux, de manière à le positionner perpendiculairement au couvercle, afin de tirer l’ensemble et de déflorer complètement le parallélépipède.


Les deux premières gouttes d’huile, deux gouttelettes, jaillissent dès la première phase. L’épaulé-redressé de l’anneau, sans être trop brutal, n’en comprime pas moins le liquide oliaire qui, étant par nature incompressible, s’ébroue dans des directions insoupçonnées. Une certaine expérience peut permettre, aux plus doués de leur génération, d’orienter ce léger flux vers une surface où son atterrissage ne prêtera pas à conséquences : l’évier, la fenêtre de la cuisine précédemment ouverte.
La phase de tirage-défloration aggrave la situation. C’est la démonstration basique du théorème de physique des huiles grecques : « Tout récipient parallélépipédique à coins ronds rempli à raz bord d’huile, tenu dans une position inclinée et agité d’un soubresaut, laisse s’échapper une quantité de liquide visqueux inversement proportionnelle à votre capacité à éponger le susdit liquide. » 


Les résultats expérimentaux, établis en cuisine, confirment le théorème. Parmi les phénomènes les plus courant on citera : le couvercle qui ne se désolidarise pas de la boite à la même vitesse des deux cotés, la main qui tremble, la boite grasse qui glisse, s’incline ou se retourne. Fallait-il enfiler l’anneau ? Créer une union temporaire avec la boite ? Passer un PACS de thon ? 


Le cas particulier de l’anneau magique qui casse avant de jeter son sort, et nous convie à la recherche d’un ouvre-boites sorti de nos mémoires -et perdu dans un tiroir-, renvoie lui à la théorie générale de l’ouverture des emballages en fer blanc et capsules, qui fera également l’objet d’une autre chronique. Là je commence à manquer de temps, et il faut que j’éponge.


Ultérieurement à ces travaux d’ouverture, les gouttes projetées lors de la descente des poissons de la boite vers l’assiette –ça marche aussi avec un plat- ne seront qu’une aimable plaisanterie, style comique de répétition.


Pour conclure -c’est l’heure de manger-, si en ce domaine, les avantages des filets de thon à l’huile me semblent incontestables, je reste à la recherche de toute étude comparative, ou mémoire de fin de stage de cuisinier, portant sur les mérites respectifs des sardines au citron et des maquereaux au vin blanc.


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