Octobre 2002
La dernière gou-goutte de la bouteille de ketchup.
Impossible, d’ailleurs, de parler de cette dernière gou-goutte de la bouteille de ketchup, on ne l’obtient jamais. Où comment, nous vendre un produit dont on jettera environ 5% de la quantité.

On est tous les mêmes, des fois, et pour une fois, la marchande de foie aussi, ma foi, mange des frites, des steaks hachés, des coquillettes, pour ne pas dire plus. Et nous vient l’idée d’agrémenter la chose d’un brin de ketchup. D’un brin, d’une louche, d’un filet ( ! ?), d’un soupçon, injustifié ?, d’une larme ou de toute autre mesure appropriée à l’intention alimentaire précitée.
Liquide, sauce ? rouge, constitué généralement de purée de tomate mi-concentrée (60,7%) -c’est vous dire-, vinaigre, sucre, sel, épaississant : E 412 (421 en un coup !), épices et arômes, voire tomates 126 gr pour 100 gr (re ?), vinaigre, sirop de glucose… 2 mg de lycopène par portion de 10 ml. Vindiou !

Le ketchup, la « moutarde du Kentuchy », la « Worcester shire sauce » de l’Oregon, nous est livrée, conditionnée en bouteille. Verre ou plastique, ce contenant devrait permettre au liquide magique d’atteindre notre assiette dans les meilleures conditions.
Que nenni ! A chaque fois que je veux l’utiliser, la bouteille est quasiment vide. « Les enfants vous pourriez le dire quand vous finissez le ketchup à 4 heures ! »
Et je dois donc m’efforcer d’en extraire la résiduelle moelle – ça rime plus que substantifique, mais il faut le prononcer.
Collée au fond du récipient, la mixture a bien l’intention d’y séjourner encore longtemps. Et là les techniques divergent.
Je suis plutôt favorable à l’action concertée style ONU : on laisse la bouteille retournée, posée sur son couvercle, durant environ ¼ d’heure, de manière à ce que les derniers centilitres de l’élixir – n’en fait pas trop tout de même – se dirige bonnassement vers le goulot, en vue d’une sortie en douceur. La méthode a fait ses preuves, on aura du ketchup au moment de la poire au vin.
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Le camp adverse, lui, est plutôt pour la méthode Bush – ketchup père et fils depuis 1991.
Et vas-y que je te secoue la bouteille, que je te la tape au cul. Résultat, on a tout de suite de la sauce rouge, dans l’assiette du voisin, si on a évité la nappe, la moquette beige et le papier peint.
Théorème de base du designer de bouteille : « l’acheteur de base doit en laisser 5% au fond».
Contre théorème de base : « m’en fiche j’ai acheté de la moutarde aux graines de cassis cet été en Bourgogne ».
Hyper contre théorème de base : « passes-moi la bouteille de mayonnaise pour mes œufs durs ».
Face à une telle adversité, j’en appelle aux autorités compétentes. La route est droite, mais la pente est forte, et
glissante -avec tous ces produits. Que l’on détaxe totalement les quantités qui resteront au fond de la bouteille, du bocal. Avec un plafonnement éventuel, fonction de la forme du fond du récipient. Une loi organique et des mesures de fond s’imposent !